Hsipaw, trek chez les ethnies des montagnes Birmanes

Après une soirée d’escale à Mandalay qui n’aura servie qu’à se reposer un peu et à passer un bon moment très enrichissant avec Mika, un français amoureux du Myanmar, nous voici à nouveau dans le bus. De jour cette fois-ci et en direction de Hsipaw (prononcer Si-Po).

Avant de partir, on s’offre un petit cachet contre le mal du transport, c’était à priori une bonne idée car la route est très belle mais montagneuse. Nous arrivons à Hsipaw vers 19h.

Située au nord-est de Mandalay, pile sur la route menant en Chine, Hsipaw est une petite ville de l’état Shan. Elle est surtout réputée parmi les voyageurs pour ses treks dans les montagnes environnantes et la possibilité d’y rencontrer différentes ethnies.

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A la sortie du bus des rabatteurs de chaque guesthouse attendent avec leur tuktuk, nous finirons chez Mr Charles, la plus ancienne guesthouse, supposée être la mieux pour les treks. En réalité alors que nous cherchons absolument un groupe auquel se greffer pour faire la version 2 jours/1 nuit du trek nous n’en trouverons pas chez eux. On sera obligés de partir à 2 avec un guide alors que nous avons croisé pleins de groupes d’autre guesthouse, et avec de meilleurs guides.

 Mis à part ça la guesthouse était propre et le petit dej très bon 🙂

Le lendemain de notre arrivée nous visitons un peu la ville: balade le matin pour voir quelques pagodes, des champs de mais et un petit village shan. Il fait très chaud et on se dit que le trek du lendemain va etre difficile. On verra qu’on avait bien raison. L’après midi nous louons un scooter.. à vitesse… c’est la première fois que j’en conduisais un, première fois que je conduisais un deux roue à vitesses même (enfin si, mais des vélos) donc j’ai eu un peu de mal sur les rapports mais bon c’est passé.

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Quand l’histoire prend un visage humain

Chevauchant notre bolide, nous avons commencé par visiter le Shan Palace: ancienne résidence du prince de Hsipaw. La résidence en soi n’a rien de particulier, mais la dame qui accueille les quelques visiteurs est la femme du descendant du prince (son mari est le petit neveu du prince) et elle raconte une histoire passionnante. En fait son histoire et celle de sa famille permettent de comprendre et de rendre bien plus concrète l’histoire récente du Myanmar. Elle abordera tous les sujets, car tous ont impacté sa vie ou celle de sa famille: l’indépendance, le coup d’état, la vie sous la junte, les emprisonnements, la censure, les assassinats, l’éducation, le traitement des minorités. Puis aussi le démantèlement de la junte et l’ouverture du pays avec toutes les mesures « hypocrites » prises pour satisfaire la communauté internationale (amnistie des prisonniers politiques qui en fait n’a libéré principalement que ceux qui n’avaient plus que quelques jours à tirer, fondation d’un gouvernement encore totalement sous contrôle de l’armée etc etc). Elle nous parlera aussi de la fin de la censure, du nouveau systeme d’éducation et de santé lancés par Aun San Suu Kyi, mais également de la corruption toujours très forte et des doutes qui subsistent malgré l’espoir sur les élections de 2015.

Un témoignage qui ne donne qu’un point de vue certes, mais pour autant passionnant et très éclairant.

Après cette visite on partira à travers des chemins tortueux et boueux à la recherche d’une cascade et de sources d’eau chaudes que l’on ne trouvera pas ( ce n’est pas trop grave, nous avons appris un peu plus tard que les cascades sont asséchées et les sources d’eau chaudes noyées), il se fait tard donc on prend la direction de la sunset hill à l’extérieur de la ville, pour y admirer le coucher de soleil… Sauf qu’il fait très nuageux, on ne voit donc plus le soleil et que pas mal de moustiques étaient aussi venus profiter de la vue. A priori ils étaient déçus aussi et ça les a rendu agressifs, on a donc décidé de fuir plutôt que de combattre (on adopte l’esprit non violent d’Aun San Suu Kyi). Là on est bien content d’avoir le scooter qui nous a permis de monter sans trop forcer, car il y a 3 autres touristes en haut qui on du se taper 1h de montée pour ça…

Retour à l’hotel donc après cette journée marquée sous le signe de l’echec mais éclairée par la rencontre au Shan Palace.

La soirée sera elle aussi l’occasion d’une rencontre assez marquante, nous la passons en effet à parler des heures avec un touriste anglais (très cool, mais avec une forte tendance à s’habiller comme Ace Ventura) et une Sud Coréenne récemment convertie au bouddhisme qui nous a longuement parlé de son expérience. Très intéressant. Un peu plus et on partait direct en retraite méditation dans un monastère.

Mais là on ne peut pas, demain y a trek…

Car oui, j’ai réussi, et j’en suis assez fier à convaincre Maggy de m’accompagner faire ce trek à Hsipaw. J’aurai voulu opter pour le 3 jours/2 nuits, mais suis ressorti de la négo avec 2 jours/ 1 nuit. C’est déjà pas mal!

Alors, comment il est ce fameux trek dont parlent tous les backpackers du pays? 

Ben pour nous il est fatiguant! Il a fait très chaud (mon petit thermomètre-boussole-loupe-sifflet quechua indique plus de 45°), ça grimpe quand même pas mal et c’est long: 6 heures de montée le premier jour + 1heure une fois en haut pour visiter le village, 4h30 de descente le lendemain.

Pour un premier trek c’est un peu violent.

Mis à part ça, on croise de jolis paysages; beaucoup de champs de riz au début, puis de champs de maïs et plus on monte plus il y a de plants de thé. Nous avons aussi vu une usine de nouilles, beaucoup de buffles (bosser, dormir ou se baigner) et croisé pas mal de villageois qui montaient pour donner des offrandes aux moines lors d’un festival le lendemain.

Cependant, deux choses nous marquent particulièrement:

1/ la pente: beaucoup de champs sont installés dans des pentes abruptes, on se dit que travailler ces champs doit être vraiment long et fatiguant. D’ailleurs on verra plus tard des boeufs travailler la terre en pente, c’est une opération compliquée!

2/ la déforestation. Pour installer de nouveaux champs, les paysans supprime la foret dans les montagnes: ils font ça méthodiquement: ils débroussaillent à la tondeuse, puis ils coupent les arbres. Nous avons vu beaucoup beaucoup de champs, et beaucoup de foret en cours de déforestation. Je pense que si vous faites le même trek dans 1 an, vous n’aurez plus que de la foret tout en haut.

Tout le trek se fait le long d’un chemin en terre assez défoncé. Un camion ou une voiture n’y passerait sans doute pas. En revanche, on croise pas mal de motos et scooter. Honnêtement je n’aurai JAMAIS envisagé de prendre un tel chemin même sur 20 mètres avec mon scooter. Les villageois d’ici le font sur des kilomètres, ils sont trop forts!

C’est vrai aussi qu’ils n’ont pas vraiment le choix. Le village tout en haut, où l’on passera la nuit n’est accessible que par cette route. Donc s’ils veulent s’approvisionner en produits qu’ils ne produisent pas eux même, et quand ils veulent descendre le thé qu’ils vendent en ville, c’est par ici qu’il faut passer, en scooter.

Ce village justement, nous y arrivons donc vers 14h30, fatigués, pleins de sueur et après avoir  bu des litres d’eau. Le village est un village Palong, une « ethnie des montagnes ». Il y a ici environ 500 personnes qui vivent dans des maisons en tek et/ou en bambou.

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Nous serons accueillis par une famille Palong (avec laquelle nous aurons finalement peu d’interaction). Dès notre arrivée, on nous sert un bon repas fait maison avec une salade de feuilles de thé, des boulettes de boeuf, du riz, et pas mal d’autres légumes du jardin. C’est frais et excellent.

DSC01728La maison est une maison traditionnelle en tek. Elle est sur pilotis, sous la maison, pas de bétail mais on entasse beaucoup de choses, dont du bois pour la cuisine. Ça sert aussi pour se caler à la fraîche et à l’ombre. La pièce principale sert de salle à manger, salon et chambre. nous dormirons avec les autres touristes dans une autre pièce, sur des matelas en mousse encadrés par de bonnes moustiquaires.

Difficile de savoir si la famille dort là quand ils n’ont pas de touristes. A noter que la soeur du monsieur qui nous accueillait (elle était là le lendemain matin) à posé pour national geographic; un reportage sur la région de Hsipaw, et ouais, on rencontre un peu des stars nous!

Ensuite, promenade autour du village pour voir leur plantations de thé puis dans le village où on apprendra notamment comment ils produisent le thé vert.

Le soir avant de prendre le repas, nous improvisons un apéro avec un autre groupe qui dort chez la même famille (2 australiens, 1 anglais, 1 polonais). Nous sommes en train de rigoler avec leur guide quand on voit une moto arriver avec à bord deux jeunes garçons, dont 1 avec une mitrailleuse!

Le guide, d’un coup assez mal à l’aise nous explique que c’est un membre des armées rebelles Shan qui sont en cessez-le-feu avec l’armée du Myanmar. 

Le jeune garçon est assez fier de poser devant nous avec son arme, et nos copains d’un soir posent les uns après les autres avec lui (je ne mettrai pas la photo là on ne sait jamais). Cependant, on note que le guide birman est lui assez mal à l’aise tout le temps que l’enfant-soldat est là. Apparemment, il avait peur qu’il s’invite à prendre l’apéro avec nous et craint ce que ça peut donner si le rebelle est saoul.

Pas de problème ce coup-ci, le jeune homme par assez rapidement. Il doit travailler le lendemain (il est bosse dans le village mais on n’a pas compris ce qu’il faisait).

Après cette rencontre improbable (qui nous rappelle que le Myanmar est un pays en guerre), un bon repas, une bonne nuit sous une moustiquaire (couchés vers 21h…) et le lendemain on redescend vers Hsipaw par un chemin différent qui nous permettra à nouveau de croiser beaucoup de champs et de traverser des villages (villages Shan pour la plupart).

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Des enfants croisés dans un village Shan.

Les plus du trek: les paysages, la visite du village (tellement traditionnel) 

Les moins: la chaleur étouffante, le peu d’interaction avec les villageois des différents ethnies…

…et surtout notre guide.

S’il y a bien une chose qui nous a été confirmée depuis notre départ c’est que ce sont les rencontres qui font un voyage. Et ces rencontres incluent et dépendent souvent du guide que l’on a. En effet, c’est lui qui fait le lien avec les locaux, peut vous apprendre beaucoup de choses et peut faire qu’une visite passe d’inintéressante à formidable.

Et sur ce point là, au Myanmar, nous n’avons pas beaucoup de chance. Que ce soit notre guide désagréable et qui ne parle pas un mot au Lac Inle, nos chauffeurs qui ne parlent presque pas anglais et à qui il faut soutirer toute explication basique ou le guide à Pah-an qui ne disait absolument rien, on est assez mal tombés.

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Le seul, l’unique Mister B

Notre guide à Hsipaw, pris avec Mr Charles Guesthouse était lui très gentil, se marrait beaucoup et avait l’air de connaître la moitié de l’état Shan. Il avait un joli short avec des nounours dessus, une casquette Orange et marchait super doucement (Mag devait l’attendre toutes les 10 minutes car il était à la traîne!!). Mais il était absolument incompréhensible en anglais et ne racontait quasiment rien.

Les choses les plus marquante qu’il nous ait dit sont ses deux blagues préférées qu’il a répété un nombre bien trop important de fois chacune: 1/ « chez nous les coqs on les appelle « cook-me-ready » car quand il chante le matin on a envie de les cuisiner et on dirait qu’ils disent (imitation de cri de coq) « COOKMEREADY »  » 2/ « si vous buvez du jus de tamarin, demain ça sera « waterfall » (geste de waterfall qui sort des fesses).

Notre frustration était vraiment immense quand on croisait d’autres groupes dont le guide était en train de raconter dans un anglais nickel des anecdotes sur les ethnies, de donner des explications sur l’agriculture locale ou de se plonger dans des faits historiques. Même pas moyen d’écouter leurs histoires car notre cher Mister B couvrait leurs paroles en nous montrant un coq et en criant « look: cookmeready ». #desespoir

Bref, je pense que ce trek aurait été beaucoup plus sympa si nous avions eu un autre guide.

On apprend progressivement, et à l’avenir on essaiera tant que possible de « tester » notre guide avant de partir.

Après notre retour à Hsipaw, nous avons passé la soirée avec deux français très sympas, en plein tour du monde (dont vous pouvez voir les magnifiques photos sur leur blog) et départ le lendemain en train direction de Pyyn Oo Lwin.

4 thoughts on “Hsipaw, trek chez les ethnies des montagnes Birmanes

  1. NicoFredo

    Superbes paysages!nous comprenons votre désappointement par rapport à votre guide car nous avons vécu la même chose lors de notre voyage au Vietnam
    Ainsi va la vie, des coups de chance et parfois la déveine

    Nota: Le cousin kiki de Jacou a remarqué les dernières photos de Kiki le globe trotter et nous a demandé de vous demander de transmettre le message suivant: « glop, glop, sschkloumpf » ce qui probablement signifie: salut cousin, profites, bonne continuation et gros bisous

    • Ben

      Ahah, Kiki parle déjà le Birman et de mieux en mieux Thaïlandais.
      Il réponds donc: « ขอบคุณคุณ! ฉันสนุกกับมันและฉันจะส่งภาพอื่น ๆ จูบใหญ่ »

  2. Merci pour le lien vers notre blog 😉
    On est allés au Shan Palace en suivant vos conseils et c’étaut fabuleux… Cette dame est incroyable…
    Superbe article !
    Bises à vous deux et à dans quelques mois en Am’ Sud !

    T & G

    • Ben

      Avec plaisir, on adore vos photos. Et on a suivi vos conseils pour Pai!

      Vous avez pu faire l’anniv de Guillaume aux US alors?

      ++ que lo paseis bien en Cuba!

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