Torres del Paine: souffrances et émerveillements

Quand j’ai commencé à discuter de Patagonie avec des gens qui y avaient déjà été, un nom revenait sans cesse: le parc national Torres del Paine au Chili. Et une lettre l’accompagnait en général: « W ». Pourquoi W? parce que c’est le nom du trek principal dans ce parc.

J’étais donc bouillant pour le faire ce « W » en question, mais après notre expérience difficile à Hsipaw, il était hors de question de parler de trek à Mag. Même en faisant des feintes, en appelant ça une rando, une ballade, ou « aller hikker » rien n’y fait, c’est mort.

Cependant, au fil des rencontres en Argentine puis surtout ces derniers jours sur le Navimag (car 90% des gens sur le Navimag prévoient d’aller dans le Torres del Paine en arrivant) on nous a confirmer de nombreuses fois que c’était « magnifique », « vraiment faisable » etc etc.

Et, signe du destin évident, nous avons sympathisé avec Elsa et Leo, deux français en voyage depuis 1 an et demi, fan de trekking et qui nous proposent d’y aller ensemble.

Du coup ce n’est plus la même: on sera 4 au lieu de deux (c’est toujours plus sympa) et on pourra profiter de leur expérience de trekking en autonomie, nous qui ne savons pas plier un duvet (j’exagère bien sur).

Après avoir posé nos affaire à Puerto Natales au fameux et super sympa Singing Lamb, nous nous rendons donc à l’office du tourisme, récupérer plans, conseils et prévisions météo pour le Torres del Paine. Après avoir étudier tout ça, on se met d’accord sur le bon itinéraire.

On partira donc le sur-lendemain, en prévoyant de commencer par l’ouest et d’écourter la boucle pour nous (4 jours/3 nuits au lieu de 5 jours/4 nuits).

On ferait donc un F et non pas un W alors que Leo et Elsa eux continueront peut être pour finir le circuit.

WMap

Après une bonne soirée bien arrosée avec une dizaine de personnes du Navimag, nous prenons notre temps le lendemain pour louer le matériel de rando (tente, sacs de couchage, matelas de sol, on squattera le réchaud et la gamelle de Elsa et Leo) et faire les courses. Il faut partir avec le minimum de poids mais assez de nourriture pour tenir 4 jours, on réduira donc nos standards culinaires pour quelques jours…

Une bonne nuit de sommeil plus tard c’est le grand jour: réveil à 6h30 du matin, petit dèj, sacs sur le dos et c’est parti pour le W dans le Torres del Paine:

Jour 1: bateau, neige et glacier

Départ tôt le matin de Puerto Natales donc. Un bus plein de trekkeurs endormis mais excités nous emmène à l’entrée du parc. Là, on paye notre entrée (quand même 25€!!) et on se sépare de 2 potes: Ben et Ruth qui vont eux faire le tour d’Est en Ouest. De notre côté on reprend le bus, autour duquel, de part et d’autre, courent, mangent et jouent des vicuñas (vigognes). Le bus nous dépose près d’un catamaran qui nous emmènera au point de départ ouest du circuit.

Le trajet en bateau est censé être magnifique. Aujourd’hui le temps est couvert et il fait très froid, le trajet se fera donc à l’intérieur en regardant juste la belle couleur de l’eau du lac.

30 minutes de traversée plus tard, c’est parti: on met les gros sacs sur le dos et on commence à marcher.

Au menu ce premier jour: 3h30 de marche avec juste ce qu’il faut de montée.

Après 1h de marche on arrive à un premier point de vue qui nous permet de voir le lac DSC04341Grey en dessous de nous et au loin le glacier du même nom. Un glacier, un vrai de vrai! C’est assez excitant mais on ne le voit pas très bien pour le moment.

On continue notre chemin le long du lac avec par moment la neige qui profite d’un bon vent de face pour nous fouetter le visage. C’est bien déplaisant, mais c’est le premier jour, notre corps est encore frais et on garde le moral en pensant au glacier qui nous attend au bout… En chemin on croise un genre de lapin très gros qui ne paraît pas du tout effrayé de nous voir.

On continue donc notre route et on fini par arriver au refuge Grey: un beau refuge en bois avec un salon fait de canapés disposés autour d’un grand feu et dans lequel se diffusent les bonnes odeurs de la cuisine… De quoi bien se remettre de cette demi-journée de marche sous la neige…

Sauf que ce n’est pas notre destination! Nous continuons une centaine de mètres de plus vers le campement. On monte notre tente sous les arbres et on court à l’abri dans la salle commune (non chauffée) où l’on mangera un « peu-exitant-comme-ça-mais-super-rechauffant-et-nourissant » plat composé de vermicelles ajoutés à une une soupe de vermicelles lyophilisée (dédicace à Leo et Elsa pour ce plat parfait pour le trek).

Après s’être bien réchauffés et avoir repris des forces, on parcourt les 10 minutes restantes jusqu’au point de vue proche du glacier. Ça claque! C’est vraiment immense et impressionnant. La neige reprenant nous oblige à déscotcher pour rejoindre la salle commune où on partagera une brique de vin avec des Québécois.

DSC04363

Puis c’est l’heure d’aller se coucher; on rejoint nos tentes, se glisse dans notre drap de soie puis dans notre duvet. Pour le moment ça va, on est encore un peu réchauffés et on n’a pas trop froid tout de suite. Mais il caille dehors, les températures sont négatives la nuit, et notre duvet n’est pas non plus le top du top. Rapidement donc on commence à avoir froid au pieds, puis un peu partout. On parvient quand même à dormir, mais on se réveille régulièrement, on essaie d’ajouter des couches, de bouger, on se rendort, se réveille à nouveau etc etc. Puis d’un coup il est l’heure de se lever. La nuit a été longue en heures (couchés très tôt) mais courte en sommeil.

J’ai d’ailleurs vécu un grand moment de solitude quand j’ai senti l’envie de faire pipi monter en moi de façon irrésistible et que j’ai du partir en caleçon avec juste mon tour-de-cou, mes baskets et ma frontale me soulager sous la neige. Si quelqu’un a vu la scène il a du bien se marrer!

Jour 2: Neige, soleil et glacier

DSC04375Le deuxième jour on se réveille sous la neige, un petit dej café/gâteau vite avalé et on part démonter la tente. Avec les doigts gelés c’est tout de suite moins facile et plus douloureux.

La meilleure façon de se réchauffer étant de marcher, on prend la route le plus rapidement possible. Au programme aujourd’hui: 3h30 pour revenir à notre point de départ de la veille, puis 2h30 pour rejoindre le campemento italiano où l’on dormira ce soir.

La première partie se déroule sous la neige encore. Mais cette fois le vent fait qu’elle vient taper dans notre dos donc ça passe. Le chemin grimpe pas mal et les sacs nous pèsent un peu plus qu’hier mais on continue à bon rythme et on est bien contents quand on arrive au refuge à l’entrée du parc. D’autant qu’a ce moment-là le temps a changé et il fait beau.

On se pose pour picniquer au refuge et s’offrir un café chaud, puis, au moment où on s’apprête à repartir le temps change à nouveau d’un coup et c’est une tempête de neige assez incroyable qui s’abat dehors. Bienvenue dans les joies de la météo patagonienne!

Une partie de Uno plus tard avec les québéquois et un américain et les nuages repartent. On décide d’en profiter pour faire de même, en espérant qu’il n’y ait pas de nouvelle tempête dans les prochaines heures.

Finalement nous avons été chanceux et sur les deux heures et demi de marche qu’il nous reste, nous avons majoritairement du soleil et un court passage neigeux assez léger. Et tant mieux car le paysage sur ce tronçon est magnifique! A notre droite un lac d’un bleu superbe, à gauche un glacier impressionnant (pas un glacier comme hier, là c’est un glacier en haut de la montagne. Les glaciers glaciers on n’en verra plus ici), en face les « cuernas » del Paine, ces montagnes emblématiques du parc aux formes et couleurs incroyables. Vous remarquez que j’abuse de superlatifs ici, mais même comme ça ou avec les photos, il est dur de rendre vraiment hommage à la beauté du paysage.

 

DSC04402

La marche se passe bien, quelques montées un peu rudes mais dans l’ensemble ça va. Encore une fois on est quand même contents d’arriver au campement, même si on sait d’avance qu’on ne va pas y passer un super moment…

Juste avant le campement, un petit pont nous donne une vue parfaite sur le glacier.

DSC04437

.

A nouveau on monte les tentes et on mange la même chose que la veille. Seule « petite » différence: ici pas vraiment de salle commune, il y a juste un abris fermé sur trois côtés mais qui ne coupe pas du froid. Il n’y a pas non plus de robinet, la vaisselle se fait donc dans la rivière (alimentée par les neiges fondues). C’est moi qui m’y colle et je crois perdre mes doigts quand j’ai fini.

Les différentes étapes:

Un petit aparté ici.

Vous pourriez vous demander « mais pourquoi ne font-ils pas un feu pour se réchauffer? ». Et si vous n’y aviez pas pensé avant, vous vous dites sans doute maintenant « à oui au fait, pourquoi ne font-ils pas un feu pour se réchauffer? ».

Et bien c’est simple: les feus sont interdits dans le Parc. C’est marqué partout, on nous le répète 10 fois quand on entre dans le parc, on ne peut pas l’oublier: le feu c’est non! Si on se faisait choper en train de faire cuire un animal en voie d’extinction braconné, je pense qu’on prendrait plus cher pour le feu que pour l’animal.

Mais il y a une bonne raison à ce traumatisme anti-fuego: fin 2011 début 2012, un gigantesque incendie a détruit plus de 5% de la surface du parc, soit 14500 hectares. La faute à un randonneur qui en mettant feu à son papier hygiénique dans l’idée de ne pas polluer le parc, serait en fait parti sans vérifier que le papier s’était bien éteint.

Donc pas de feu, pas de chaleur et c’est cette fois-ci déjà bien refroidis que l’on part se coucher.

La nuit sera dure. Surtout pour Mag, plus frileuse que moi et moins dotée de capacité à générer de la chaleur. Au matin on est tellement gelés et on a tellement mal dormis que la seule façon de maintenir le moral pour ne pas s’enfuir maintenant du parc c’est de décider de dormir en refuge le soir même. Tant pis si c’est très cher! C’est ça ou louper une bonne partie du trek.

Cette décision prise, on part pour la partie centrale du W: la Valle del Frances, et le bon plan du jour c’est qu’on peut laisser nos sacs au campement, on les récupérera en repassant dans l’après midi. On peut même laisser la tente, on la démontera à ce moment là, avec des doigts chauds et tout ça! Le bonheur quoi.

Jour 3: Soleil, gel et avalanches

On prend donc juste un sac pour nous 4, avec de l’eau et les sandwich et on part grimper (littéralement) un chemin caillouteux qui débouche sur une foret dans laquelle la neige gelée rend le parcours difficilement praticable. Cette forêt tout blanche, bordée d’une rivière est très belle mais on progresse très doucement de peur de glisser à tout moment.

Le côté positif de venir au Torres del Paine hors saison (mis à part le fait qu’il y a très peu de monde) et la contrepartie au froid, c’est que le paysage avec la neige est superbe. Et vu qu’aujourd’hui il fait un temps magnifique, on peut même assister à des avalanches impressionnantes dans le glacier voisin. Je n’avais jamais vu d’avalanche aussi grosses, ni d’avalanche d’aussi près d’ailleurs. On voit la neige dévaler sur des dizaines de mètres, dans un bruit sourd et une « fumée » de neige bien épaisse. Un super spectacle!

On marche depuis 4 heures déjà  quand on débouche enfin dans la vallée. Le paysage est à nouveau magnifique. A 360° c’est super beau: montagnes, glacier, lac, rivière, foret. On décide du coup de picniquer ici et de ne pas continuer la route. Le paysage ne peut pas être beaucoup plus beau et il faut que l’on ait le temps de redescendre et de continuer jusqu’au refuge suivant.

DSC04470

Le chemin du retour est bien plus simple: le gel à fondu dans la forêt. On est donc assez rapidement au campement de la veille où on reprend nos sacs pleins (ça fait mal) et on repart pour 2 heures le long du lac avec un paysage semblable à celui d’hier après midi, dont on ne se lasse pas.

On arrive au refuge en fin d’après midi, le soleil est toujours haut dans le ciel (il se couche vers 22h en ce moment) et nous réchauffe bien. Tellement bien que l’on se pose dehors pour boire un verre de vin bien mérité. Dans ce camping/refuge il y a tout: de l’eau chaude, une salle bien (trop) chauffée et… des lits au chaud. Mag, Elsa et Léo opterons donc pour une nuit en refuge.

Pour ma part, je choisis de continuer avec l’option tente. Il est censé faire moins froid ici, le refuge est cher et j’aime l’idée de galérer un peu pour encore plus apprécier de rentrer à Puerto Natales le lendemain!

On partagera une bonne dernière soirée dans le parc avec nos compères canadiens, tous au chaud dans la salle principale avant de rejoindre nos couchages respectifs.

Au final cette nuit a sans doute été la plus froide! L’eau dans ma bouteille était gelée au réveil et la tente plein de givre. Mais j’avais récupéré un des matelas gonflable d’Elsa et Léo et le drap de soie de Maggy. La nuit aurait donc pu être bien pire.

De leur côté les autres ont plutôt bien dormi, même si le feu qui chauffait leur chambre n’était pas entretenu dans la nuit et qu’il faisait donc un peu frais.

Jour 4: Soleil, jeux et burger

Départ très matinal le quatrième jour (ce qui m’arrangeait car une fois réveillé à 6h du mat, j’avais plutôt hâte de commencer à marcher) pour atteindre la fin du W à temps pour la navette de 14h.

Les connaisseurs et ceux qui suivent noteront qu’il nous manque une branche du W, celle qui mène au point de vue des fameuses Torres del Paine dont le parc porte le nom (la partie numéro 3 sur le plan en haut de l’article). Cette branche est aussi la plus dure, celle avec le plus fort dénivelé. Or, nous avons notre dose de marche. Pour un premier trek en autonomie, avec des nuits assez rudes, 4 jours nous paraissent suffisants. Pas de regret car nous avons déjà vu des paysages tous plus grandioses les uns que les autres pendant 3 jours.

Léo et Elsa se joignent à nous car le genoux d’Elsa la fait souffrir dans les pentes, la dernière partie du trek serait donc une mauvaise idée.

Le quatrième et dernier jour nous mène donc au bout de 5 heures de marche vers la sortie du parc. Cette journée est moins excitante en terme de paysages et il faudra que l’on ait recours à des jeux pour passer le temps et moins remarquer les longues pentes qui commencent à faire mal à nos petites jambes chargées.

DSC04496

Vers 13h, nous arrivons enfin au bout du trek. Contents d’être arrivés, sales (très sales), le visage bien marqué par la fatigue et impatients de prendre une douche, de manger un bon repas et de trouver une chambre chauffée.

Ce combo parfait se fait encore attendre: une course automobile sur la seule route menant à Puerto Natales a immobilisé le bus de retour pendant 2 heures, puis l’auberge était pleine et il a fallu traverser la ville à pied pour en trouver une autre (Isla Morena, super auberge). Et refaire un aller retour pour récupérer les affaires que l’on avait laissé sur place pendant le trek. Bref il était déjà 21h quand on pu enfin se doucher. Une douche avec de l’eau chaude! Quel plaisir!!

De là, propres comme jamais, nous sommes allés engloutir un super burger avec une bière artisanale avant de rejoindre nos lits chauds et confortables.

Un soirée parfaite pour finir ce trek.

Le lendemain, reposés et frais, on réalise à quel point les paysages que l’on vient de voir pendant 4 jours étaient dingues et quand on se pose la question « est-ce que cela valait le coup », on répond tous unanimement: « Largement! »

Ce jour d’après trek est pour nous dédié à la planification de la suite du voyage. Après avoir acheté des billets pour se rendre (encore) plus au sud, à Punta Arenas puis enchainer sur Ushuaia, on réalise que si on fait ça, on n’aura que 1 voire 1/2 jour à Ushuaia. On réalise aussi qu’à part pour la photo facebook avec le panneau « fin du monde » il n’y a pas forcement d’intérêt à aller jusque là-bas d’autant que ça nous couterai assez cher.

Changement de programme donc. 30 minutes avant le départ de celui-ci nous annulons notre bus et décidons de passer une dernière bonne soirée avec Elsa, Léo et Ben, avant de partir le lendemain matin tôt et en gueule de bois vers l’Argentine et la ville d’El Calfate.

 

Cette fois, nous pouvons donc dire « Ciao Chile, y que le vaya bien! »

6 thoughts on “Torres del Paine: souffrances et émerveillements

  1. Lu

    Vous êtes bien courageux les backpackers, bravo ! Très belles photos, comme d’hab. Bisous !

    • Ben

      merci Lu. J’ai pas mal de vidéos aussi.
      Mais comme d’hab, la flemme de les monter :S

  2. Val

     » j’ai du partir en caleçon avec juste mon tour-de-cou, mes baskets et ma frontale me soulager sous la neige. Si quelqu’un a vu la scène il a du bien se marrer! » ==> pas la peine de l’avoir vue, l’imaginer à mon bureau m’a fait pleurer de rire 🙂

    • Mag

      Et tu t’es pas demandé mais pourquoi quasi nu MAIS avec un tour du cou?!

  3. Martareche Monie et Jean

    Nous aussi on voudra bien profiter des merveilleux paysages (sans faire le trek…lol..) donc a votre retour il va falloir faire des (tas) de soirées vidéos pour tout nous montrer…Bisous

    • Mag

      Pas de problème, il suffit d’avoir quelques mois devant nous!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

You may use these HTML tags and attributes:

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>